La commission départementale de coopération intercommunale de la Gironde se réunira la semaine prochaine. À cette occasion sera présentée
la première mouture du schéma départemental intercommunal, un schéma qui sera définitivement bouclé à la fin de la présente année.
Côté zone rurale, cette première mouture ne devrait pas conduire à de grandes surprises, les communautés de communes étant globalement
déjà connues avec des compositions n'engendrant pas de réactions particulières. Côté urbain, en revanche, sera évoquée la possibilité de faire évoluer la communauté urbaine de Bordeaux. Une
hypothèse de travail annoncée ces derniers jours par le préfet Dominique Schmitt aux parlementaires, sénateurs et députés.
50 000 habitants en plus
Sept communes sont concernées par cette proposition de rattachement. Trois au nord de l'agglomération : Macau, Ludon et Le Pian-Médoc. 13
000 habitants en gros ici sont concernés. Quatre à l'ouest : Martignas-sur-Jalle, Saint-Jean-d'Illac, Cestas et Canéjan. Un gros morceau ici puisque ces quatre communes représentent plus de 35
000 habitants. Du coup, la CUB passerait de 27 à 34 communes et de 720 000 habitants à quelque 770 000 habitants.
« La CUB ne demande rien, c'est le préfet qui le suggère, rien ne dit que cela se fera », précise-t-on vite à la CUB. Effectivement, rien
n'est décidé. Ce n'est qu'une proposition et si la décision est prise, elle ne pourra l'être qu'après de longues concertations.
Ça paraît logique mais…
Si l'on regarde la carte (voir ci dessous), on voit qu'il y a une certaine logique dans l'hypothèse de travail avancée. Le préfet a
carrément pris son compas pour arrondir le croissant nord-ouest et mettre toutes les communes situées à égale distance dans le périmètre communautaire. A fortiori, les plus habitées et les plus
en liaison directe avec Bordeaux.
Une « logique » n'est pas automatiquement « acceptable » pour les communes concernées. Surtout que le débat s'engage mal. « Le préfet n'a
même pas pris le soin de contacter les maires concernés. Nous avons appris la nouvelle par les parlementaires qu'il a rencontrés fin mars », regrette Jacques Fergeau, le maire PS de
Saint-Jean-d'Illac.
Ce manque d'infos sur le terrain fait naître l'amertume et l'envie d'en débattre. Les élus majoritaires des communes de Saint-Jean et de
Martignas se réuniront en début de semaine prochaine pour définir une position commune. Pierre Ducout, maire PS de Cestas, que l'on sait depuis longtemps opposé à un rattachement de sa commune
à la CUB, semble lui aussi prêt à mettre les pieds dans le plat. Il ne dévoile pas son plan mais ses silences (lui habituellement très bavard !) en disent long : « Nous préparons un communiqué.
»
Cestas, Canéjan, Saint-Jean-d'Illac et Martignas n'envisagent pas du tout, en effet, ce scénario. Elles comptent toutes quatre se réunir
au sein d'une même communauté de commune. Le dossier est d'ailleurs en route. La proposition du préfet remet tout en question. Pour les trois communes du nord, c'est tout comme. Ludon, Macau et
Le Pian sont déjà rattachées à une communauté de communes, la CDC Médoc-Estuaire. Il n'y avait pas de raison particulière pour qu'elles aient envie de faire bande à part ou de rejoindre la
CUB.
Du bon et du mauvais
Pour les élus, la décision s'annonce difficile à prendre. Comme le dit fort bien Jacques Fergeau : « Il y a du bon et du mauvais, il faut
bien réfléchir. »
Être rattaché à la CUB peut, en effet, offrir de beaux avantages ne serait-ce que des transports en commun performants. Des bus en
continu, une accessibilité plus grande aux lignes de tram. Au Nord, par exemple, on peut facilement imaginer un train-tram entre Macau et Bordeaux (et plus seulement entre Blanquefort et
Bordeaux).
Des « plus » indéniables mais des « moins aussi. Les impôts pourraient être à la hausse par exemple. Ces derniers sont naturellement à
l'échelle des investissements engagés au sein de la CDC. Et plus le territoire est grand...
De quoi pousser les habitants des sept communes visées à jouer de la calculette et vite courir à leur mairie pour demander des
explications
SUD-OUEST.com le 8 avril 2011 | Par JEAN-paul vigneaud
La CUB XXL, c'est non
Pas de surprise : les sept communes sollicitées pour rejoindre la CUB refusent. Martignas-sur-Jalle et Saint-Jean-d'Illac se proposent
de demander l'avis des habitants à l'occasion de référendums locaux.
Si le préfet Dominique Schmitt voulait lancer un beau pavé dans la mare avant de quitter la Gironde, il a réussi. La présentation dans
notre édition d'hier de son « hypothèse de travail » visant à rattacher sept communes de plus à la communauté urbaine de Bordeaux - de 27 communes la CUB passerait à 34 - a provoqué des rafales
de réactions hostiles
Dans les communes directement concernées, dans les communes pouvant subir des dégâts collatéraux également. Autant même peut-être ici que
dans les premières. Sur les bords de l'estuaire, par exemple, hier matin.
Déshabiller Pierre pour…
Si Macau, Ludon-Médoc et Le Pian-Médoc sont un jour rattachées à la CUB, la communauté de communes Médoc Estuaire se retrouvera
complètement dépouillée, les trois « nominées » étant des maillons majeurs de la chaîne. Les communes les plus habitées, les plus riches.
Gérard Dubo, président de la CDC Médoc Estuaire en est conscient. Aussi, se dit-il totalement opposé à la proposition du préfet.
Les communes invitées à un rattachement, pour leur part, ouvrent le feu de façon groupée. Pour bien montrer que c'est un avis réfléchi et
partagé.
Le premier peloton d'exécution de l'hypothèse de travail avancée par le préfet est composé des cinq communes déjà en CDC (Cestas, Canéjan,
Ludon-Médoc, Macau et Le Pian-Médoc), le second composé des deux communes non rattachées à une CDC ce jour et qui doivent impérativement le faire avant la fin de l'année (Saint-Jean d'Illac et
Martignas-sur-Jalle).
Un « non » catégorique
Les maires des communes déjà en CDC - Pierre Ducout, Bernard Garrigou, Joseph Forter, Chrystel Colmont-Digneau et Didier Mau- s'étonnent
de la proposition faite. Elles sont déjà en CDC, pourquoi leur demander de rejoindre la CUB ?
« La proposition faite par le préfet n'est pas pertinente au regard de la structuration intercommunale existante qui fonctionne au mieux
des intérêts des habitants », soulignent les maires dans un courrier commun en citant le Sysdau, un syndicat mixte qui réunit à la fois la CUB et les communautés de communes qui la jouxtent. «
Ce syndicat mixte qui a pour mission d'élaborer et suivre la cohérence territoriale à travers le SCOT est un outil pertinent de coopération. »
Pour ces cinq communes, c'est donc un « non » catégorique et elles font confiance aux membres de la commission départementale de
coopération intercommunale et aux élus de la CUB pour « respecter leur volonté ».
Non… mais
La position des maires de Martignas et de Saint-Jean-d'Illac (Michel Vernejoul et Jacques Fergeau) est un peu différente car quel que soit
le cas de figure, il va leur falloir se regrouper. Ou, comme c'est envisagé, rejoindre Cestas et Canéjan pour constituer une CDC à quatre… ou comme le suggère le préfet se rattacher à la
CUB.
Si l'on en croit le courrier commun signé par les deux maires, c'est non à la CUB. « La décision vient à l'encontre du travail effectué
par Martignas et Saint-Jean avec leurs communes voisines depuis plusieurs années. » Les maires ne ferment pas la porte cependant.
Étudier toutes les hypothèses
« Au regard de cette logique de territoire au sein de l'aire métropolitaine et devant les demandes croissantes liées aux transports et aux
déplacements dans le cadre du développement durable, nous nous devons d'étudier toutes les hypothèses qui nous sont présentées », précisent-ils en indiquant avoir « besoin de connaître les
éléments quantitatifs fiables de comparaison pour proposer un choix aux Martignassais et aux Illacais. »
Un choix qui ne doit en aucun cas conduire à une augmentation d'impôts : « La première de nos préoccupations reste de ne pas accroître la
pression fiscale des ménages locaux. Le préfet ne nous a rien dit à ce jour, nous attendons les simulations financières que ses services nous doivent pour nous prononcer. »
Des référendums locaux
Les élus de Martignas et de Saint-Jean-d'Illac annoncent enfin qu'ils ne prendront pas de décision sans consulter la population et
suggèrent finalement ce que les sept communes concernées devraient faire : informer les habitants lors de réunions publiques, par les biais des journaux municipaux et les sites Internet.
En utilisant aussi tous les moyens de consultation qui existent à ce jour et qui sont insuffisamment utilisés. « Au regard des enjeux
locaux, afin de mieux se faire se faire entendre, nous nous réservons la possibilité de solliciter l'avis de nos concitoyens au moyen de référendums locaux. »