Partager l'article ! Saint Jean d'Illac - Le conflit couve, chemin de la Princesse: SUD OUEST Mercredi 01 Juillet 2009 // ...
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ST-JEAN-D'ILLAC. L'installation de gens du voyage sur des terrains non-constructibles engendre une levée de boucliers dans la commune
Un camp se dessine. À l'entrée, des compteurs électriques de chantier s'agglutinent au pied d'un poteau en bois. Une clôture en parpaings s'enfonce sur 300 mètres, le long de parcelles cadastrées. Çà et là s'égrènent des locaux en dur de 20 mètres carrés, des monticules de terre végétale ou de remblais. Fourreaux et tuyaux en PVC sortent du sol à côté d'une cabane de chantier et d'une bétonnière. En fond de parcelle, l'aménagement s'achève. Mobil-homes et caravanes côtoient jardins et allées en cailloux.
Nous sommes à Saint-Jean-d'Illac, dans le quartier du Blayais, aux abords du chemin de la Princesse. Sur un terrain de plusieurs dizaines d'hectares classé NCA (zone agricole protégée) au Plan d'occupation des sols. La zone est réservée aux activités agricoles et sylvicoles ainsi qu'aux constructions nécessaires à cet usage. Problème, l'habitat qui s'y développe est d'une tout autre nature. Des familles issues des gens du voyage envisagent de s'y installer de manière durable.
Les riverains mécontents
Félix, 29 ans, est de ceux-là. Son terrain jouxte les parcelles d'autres membres de sa famille. En ce mardi, il décharge des palettes de son camion pour les retaper... et les revendre. C'est son gagne-pain. « Je ne suis pas manuel mais ça, je sais faire. Mon activité est déclarée au registre du commerce », s'empresse-t-il de préciser.
Son père lui a acheté ce lopin d'environ 400 mètres carrés. À qui et à quel prix ? Il affirme ne pas savoir. Une murette surmontée d'un grillage délimite les contours de sa propriété. Le mobil-home est déjà dans le paysage. La caravane viendra plus tard. Quand le désordre du chantier aura disparu. En attendant, sa famille vit toujours à Mérignac, chez ses parents.
Félix souhaite un nid confortable pour sa femme et ses trois enfants. Une fausse sceptique enterrée vient d'être bâtie en prévision d'un sanitaire. « Tout est fait dans les règles de l'art », se targue-t-il, à défaut d'être dans l'orthodoxie du code d'urbanisme. Pour la ligne électrique, même topo. 150 mètres de câble ont été déroulés jusqu'au compteur. L'installation de l'eau courante est en attente. La pose de tuyaux de canalisation ne constituerait pas a priori un problème majeur. Sauf si cela engendrait trop de tracasseries administratives. En pareil cas, un puits foré ferait l'affaire.
Félix est conscient du caractère interdit des travaux. Il dit aussi ne pas avoir le choix. « On se méfie toujours de nous, les gens du voyage. Même avec des terrains constructibles, les permis de construire nous seraient refusés », affirme-t-il. « Ma famille habite Mérignac et Pessac depuis 30 ans. La sédentarisation, on connaît, l'intégration aussi. Si on vient s'installer à Saint-Jean-d'Illac, c'est que nos terrains là-bas sont saturés. Les caravanes ne rentrent plus. » Il ajoute : « Les gens s'imaginent qu'on vit d'amour, d'eau fraîche et... du vol. C'est vrai, il y a des brebis galeuses parmi nous, mais elles sont minoritaires. Ici les gens se tiennent tranquilles. Personnellement, je n'ai jamais eu affaire à la justice. »
Il n'empêche, leur façon de faire n'est pas du goût de tous. Les riverains déplorent, entre autres, les dégâts occasionnés sur l'environnement. « Les terrains ont été décaissés et la terre végétale enlevée. Ils ont comblé les trous avec du remblai. On a vu défiler une noria de camions, c'était infernal ! Le chemin a été défoncé », argue un voisin désireux de conserver l'anonymat.
Dans un courrier à la préfecture Hervé Seyve, l'ancien maire, parle aussi de l'enlèvement de deux mètres de hauteur de sable : « Ces terrains ont été en partie remblayés avec des matériaux en provenance du chantier du tramway. Tous ces travaux ont été effectués sans demande, donc sans autorisation, et en utilisant le chemin du Blayais interdit à la circulation des poids lourds. » En 2008, une pétition a circulé parmi les riverains. Ni la préfecture, ni le procureur de la République n'ont jugé bon de répondre.
Des courriers sans réponse
L'ancien maire UMP affirme avoir fait son possible pour dénouer la situation lorsqu'il était aux affaires de mai 2007 à décembre 2008. « La situation s'est nettement dégradée en quelques mois. Les clôtures ont fleuri partout. Deux chemins ont été réalisés, un troisième est en voie. » La Ville a pourtant tiré la sonnette d'alarme auprès de nombreuses administrations. Des courriers en attestent. Malgré cela, l'information est restée sans effet. Désormais dans l'opposition, Hervé Seyve vient de relancer le dossier en adressant un énième courrier à la préfecture.
Le sujet a fait l'objet d'un débat au dernier conseil municipal. « Je ne m'oppose pas à leur sédentarisation, la question n'est pas là. Leur démarche est normale, humaine, voire bonne pour l'avenir de leurs enfants. Mais on ne peut accepter qu'elle se fasse au mépris de la réglementation. Au risque sinon de voir surgir un nouveau petit Lacanau. » Selon l'élu, il est impossible de traiter cette problématique à la seule maille d'une commune. « La sédentarisation des gens du voyage touche à la fois au social et au logement qui sont des compétences d'attribution du Conseil général. »
La réflexion n'est pas innocente : Jacques Fergeau, le maire actuel, est aussi conseiller général du canton 2 de Mérignac. La pression est désormais sur ses épaules. Ces installations, dites sauvages, interviennent alors même que la commune s'est attachée à répondre au schéma départemental d'aires d'accueil des gens du voyage. Une aire de douze emplacements accueillant jusqu'à 24 caravanes a ouvert en 2008 sur un terrain du chemin du Blayais. Dans le respect des préconisations de la loi de juillet 2000. « À l'évidence, cela n'a rien réglé sur le fond », peste le conseiller municipal.
De son côté, Jacques Fergeau se dit aussi préoccupé par l'escalade. Il craint de voir un jour des maisons individuelles venir remplacer les caravanes. Le 18 juin, des policiers municipaux ont relevé, une nouvelle fois, les infractions au code de l'urbanisme. « Si on laisse faire, le camp se transformera inévitablement en village », relève le maire, qui déplore de ne pouvoir exercer son droit de préemption. « Il n'y a aucune obligation. Les terrains agricoles sont protégés. »
Le remplacement du POS par un Plan local d'urbanisme en 2010 pourrait cependant changer la donne. « Nous allons reclasser ces parcelles en zone industrielle. À partir de là, la préemption redeviendra possible. Cela va provoquer un effet dissuasif. Je ne vois pas les gens du voyage rester longtemps à côté d'entrepôts. » Cette solution satisfera-t-elle les autres riverains ?
SUD OUEST Mercredi 01 Juillet 2009
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